S'installer en Suisse en famille : le récit de nos premiers jours à Fribourg

Un 1er novembre, deux voitures et un camion

Nous sommes arrivés le 1er novembre 2024, après un mois de préparation intense à Bordeaux. Les voitures pleines à craquer, un camion de déménagement en tête.

Le passage de la frontière a été un moment étrange, tendu et euphorique à la fois. On se demandait si tout allait passer sans encombre, et en même temps on se répétait la même phrase : on y est, c'est vrai, on change de vie. D'une voiture à l'autre, on s'appelait pour commenter les paysages, les premiers panneaux suisses, cette impression de basculer pour de bon.

L'accueil à Gibloux a été simple et chaleureux. Notre propriétaire nous attendait avec le sourire. On découvrait l'appartement, tout neuf, encore vierge de toute vie. Sans meubles, sans placards, mais avec une lumière incroyable et une vue imprenable sur le Mont Gibloux.

Ce qui nous a marqués dans la minute, pourtant, ce n'était rien de tout ça. C'étaient les vaches. En bas de l'immeuble, elles passaient tranquillement, comme si elles venaient nous souhaiter la bienvenue.

Poser les valises et mesurer ce qu'il reste à faire

Ce moment où l'on pose les valises est censé être un soulagement. On a surtout ressenti du stress. Tellement de choses à ranger, à organiser, à installer, et cette crainte que rien ne rentre dans un logement sans le moindre rangement intégré. Chaque carton ouvert devenait une mission.

Une cave de 9 m² nous a sauvés. Elle est devenue une extension de l'appartement, la pièce où atterrissait tout ce qu'on ne savait pas encore où mettre.

Et puis un compte à rebours s'est enclenché dans nos têtes : je reprenais le travail dans dix jours. Tout faire vite, bien, et garder assez d'énergie, avec une petite de deux ans dans les bras.

Vivre sans placards

Les premiers jours, l'absence de rangement s'est révélée plus handicapante qu'on ne l'imaginait. On empilait les cartons dans un coin, on bricolait des étagères avec des caisses, on gardait les valises ouvertes en guise de commode.

Le sol du salon est devenu une aire de tri : jouets de Rose d'un côté, papiers administratifs de l'autre, vêtements d'hiver au milieu. Un joyeux chaos. Chaque soir on cochait une case de la liste, sans toujours savoir laquelle.

Les premières démarches, le marathon commence

Très vite, tout s'est enchaîné :

  • la demande de permis B ;
  • la souscription à l'assurance maladie ;
  • la connexion internet ;
  • l'ouverture d'un compte bancaire ;
  • les premières courses en francs suisses ;
  • et surtout, la recherche d'un mode de garde pour Rose.

Chaque démarche nous faisait nous sentir un peu plus suisses, avec toujours ce soupçon d'improvisation. Les subtilités linguistiques locales n'ont rien arrangé.

C'est aussi à ce moment, lors de l'inscription à la commune, qu'on a répondu sans y penser à une question qui allait avoir une conséquence fiscale directe : celle de l'impôt ecclésiastique. Trente secondes au guichet, et une ligne de moins sur notre feuille d'impôt pour les années suivantes.

Je me souviens de mon tout premier jour de travail. Un collègue me parle du « ij ». Je reste bloqué quelques secondes, à chercher ce que ça pouvait bien vouloir dire. C'était la lettre « j », prononcée à la suisse.

Le même employeur m'a lancé un peu plus tard une phrase sur mon « 2e pilier », que je ne comprenais pas davantage. Il a fallu plusieurs mois pour saisir comment fonctionne la retraite ici.

📌 À retenir
Permis B, assurance maladie, banque, mode de garde : mieux vaut enclencher ces démarches dès les premiers jours. Chacune prend plus de temps qu'on ne l'imagine, et plusieurs dépendent les unes des autres.

Le choc des courses et des étiquettes

Nos premiers pas dans un supermarché suisse ont été instructifs et déroutants.

Les prix, d'abord, qui font lever un sourcil. Le beurre à 4 francs, les yaourts vendus par deux. Puis des différences plus subtiles : des produits qu'on ne trouve nulle part, d'autres présentés autrement, et cette fermeture le samedi à 16 heures pile, qui ne souffre aucune exception.

On a mis un moment à intégrer qu'ici, on ne fait pas ses courses en sortant du travail un samedi après-midi. On les fait avant.

Rose, 2 ans, face à l'inconnu

Pour Rose, ces premiers jours ont mélangé régressions et émerveillement.

Le plus dur, c'était le sommeil. Pas de volets opaques comme en France, donc jamais de noir complet. Résultat : siestes écourtées, nuits agitées. Elle restait collée à Amandine, réclamait beaucoup, mangeait moins bien.

Et puis elle s'émerveillait d'un rien. Des vaches, surtout. Dès qu'elle les entendait, elle courait à la fenêtre, le visage illuminé. Aujourd'hui encore, elle s'extasie comme au premier jour.

📌 Erreur fréquente
On pensait, comme beaucoup, que l'absence de volets opaques ne changerait pas grand-chose au sommeil d'un enfant. Pour Rose, ça a clairement joué sur les siestes et les nuits des premières semaines.

Amandine, seule avec Rose pendant six semaines

Entre notre arrivée et le début de son travail, le 11 décembre, Amandine a tout géré seule avec Rose pendant que je m'occupais des démarches et que je reprenais le boulot. Les siestes compliquées, les repas en dents de scie, les pleurs imprévus, le tout dans un appartement encore en chantier.

On en parlait le soir, assis sur des chaises pliantes. Épuisés, parfois à cran, et fiers quand même. Ces six semaines nous ont forcés à réinventer notre équilibre familial dans un cadre qu'on ne connaissait pas.

Silence, neige et premières balades

Le changement de décor est brutal, et apaisant. Ce silence autour de nous, cette campagne posée, ça change tout.

Les voisins sont polis et très discrets. Ici, personne ne vous saute dessus pour savoir d'où vous venez. On sent qu'il faudra du temps pour s'intégrer, et ça nous va.

Notre première balade nous a menés au bord du lac de la Gruyère. Respirer, marcher, regarder. On s'est regardés et on s'est dit qu'on y était vraiment.

Le jour où j'ai su qu'on avait bien fait

Puis la neige est arrivée. La première de Rose. Un moment suspendu, elle n'en revenait pas, et moi non plus.

Ce jour-là, j'ai mis deux heures à rentrer du travail. Bouchons sur l'autoroute, obligation de passer par les montagnes. J'aurais dû être exaspéré.

J'étais heureux. Il faisait nuit, il neigeait à gros flocons, mes pneus neige tenaient bon, et j'avais le sourire idiot d'un môme qui découvre un monde magique.

Et les moments de doute ?

Il y en a eu, forcément. Jusqu'au 11 décembre, Amandine a gardé Rose sans aucun relais. Pas de famille à proximité, pas encore de crèche, aucune pause.

On s'est demandé plus d'une fois si on n'avait pas été trop vite, s'il n'aurait pas fallu attendre avant de tout changer d'un coup.

À chaque doute répondait un petit moment de grâce. Un câlin, un coucher de soleil sur le Mont Gibloux, une balade improvisée. Et on avançait.

📌 Ce qu'on aurait aimé savoir avant
Qu'un mois et demi sans crèche ni relais familial demande d'anticiper de vrais moments de repos pour le parent qui gère seul. On avait planifié les démarches dans le détail, pas ça.

Notre bilan, sans filtre

Ces premières semaines ont été intenses, denses, épuisantes. Et c'est précisément là qu'on a construit nos repères.

Ce qu'on referait autrement, s'il fallait n'en retenir qu'une chose : garder du rangement temporaire sous la main. On avait pensé aux papiers, aux assurances, aux inscriptions, pas au fait qu'on allait vivre trois semaines avec nos vêtements dans des valises ouvertes.

Ce qu'on n'avait pas anticipé, c'est que les surprises ne s'arrêtent pas aux premiers jours. Un an plus tard, on ouvrait encore une enveloppe pour découvrir une taxe qu'on paie parce qu'on n'est pas pompier. L'installation ne se termine pas quand les cartons sont vides.

Ce qu'on ne referait pas autrement : partir. Même en trente jours, même avec une petite de deux ans, même sans placards.

FAQ

Combien de temps dure la période d'adaptation après une arrivée en Suisse ?
Pour nous, le mois qui a précédé la reprise du travail a été le plus intense : rangement, démarches administratives et adaptation de Rose se sont joués en même temps.

Quelles démarches faire en priorité en arrivant ?
Dans notre cas : la demande de permis B, la souscription à l'assurance maladie, la connexion internet, l'ouverture d'un compte bancaire et la recherche d'un mode de garde.

Comment un enfant en bas âge s'adapte-t-il aux premiers jours ?
Chez Rose, 2 ans à l'époque, l'adaptation a mélangé régressions (sommeil agité, appétit en baisse) et émerveillement rapide, surtout face à la neige et aux vaches du voisinage.

Faut-il prévoir un mois tampon avant de reprendre le travail ?
Ce n'est pas toujours possible, mais dans notre expérience, ce temps a beaucoup aidé à gérer les démarches et l'installation sans la pression immédiate du travail.

Pourquoi le sommeil d'un enfant peut-il être perturbé à l'arrivée ?
Dans notre logement, l'absence de volets opaques comme en France a joué un rôle direct : moins de noir complet, donc des siestes plus courtes et des nuits plus agitées au début.

Et vous, comment se sont passés vos premiers jours ?

Vous préparez votre installation, ou vous venez tout juste d'arriver ? Racontez-nous vos premières semaines, on lit tout. Si un sujet vous intéresse en particulier, dites-le-nous via le formulaire de contact. On répond à tout le monde, et vos questions nourrissent souvent les articles suivants.

Si ce type de retour d'expérience vous aide, pensez à vous abonner à la newsletter ExpatEnSuisse 💌