Retraite en Suisse quand on vient de France : AVS, 2e pilier, 3e pilier, montants 2026 et sort de vos années françaises. Notre expérience d'expatriés à Fribourg.

On a quitté Bordeaux en un mois, fin octobre 2024. La retraite ne figurait nulle part sur notre liste : on pensait déménagement, permis B, assurance maladie, écoles, premières courses à la Migros.
Puis mon employeur m'a glissé une phrase anodine : « Tu verras sur ton bulletin de salaire ton 2e pilier. »
Je n'avais aucune idée de ce que ça voulait dire. En France, je cotisais depuis huit ans sans jamais avoir cherché où partait l'argent. Ici, on me parlait de piliers, de capital, de caisse de pension, de taux de conversion. Avec une bonne surprise au bout : le système suisse est plus lisible. Pas plus simple, mais plus lisible. Voici ce qu'on a mis un an à comprendre.
Toute la prévoyance suisse tient sur trois étages, qui ne servent pas du tout à la même chose.
1er pilier (AVS/AI) : obligatoire pour tous, financé par répartition. Il couvre les besoins vitaux, pas votre niveau de vie.
2e pilier (LPP, la caisse de pension) : obligatoire pour les salariés au-dessus d'un certain revenu. Employeur et employé alimentent un capital qui vous appartient.
3e pilier (3a et 3b) : facultatif, entièrement à votre initiative. C'est la partie qui fait la différence entre survivre et vivre correctement à la retraite.
Les deux premiers piliers réunis visent environ 60 % du dernier salaire, ce qui explique à lui seul l'existence du troisième.
📌 À retenir
Les trois piliers ne se remplacent pas. L'AVS assure le minimum vital, la LPP maintient une partie du niveau de vie, le 3e pilier comble ce qui manque. Ignorer le troisième revient à accepter une baisse de revenus d'environ 40 % le jour du départ.
Dès que vous travaillez en Suisse, vous cotisez à l'AVS, quelle que soit votre nationalité. Le taux 2026 est de 8,7 % du salaire, partagé à parts égales avec l'employeur. Les personnes sans activité lucrative cotisent aussi, sur une base minimale.
Depuis la réforme AVS 21, l'âge de référence est de 65 ans pour les hommes. Pour les femmes, il monte de trois mois par an depuis 2025 : 64 ans et 6 mois en 2026 pour celles nées en 1962, puis 64 ans et 9 mois en 2027, et 65 ans en 2028 pour les femmes nées en 1964.
Vous pouvez anticiper votre départ, la rente est alors réduite, ou l'ajourner jusqu'à 70 ans, elle est majorée.
Les montants 2026, pour une carrière complète de personne seule :
Le calcul repose sur les années cotisées et les revenus soumis à cotisation. Une année manquante ampute la rente d'environ 2,3 %.
L'initiative acceptée en mars 2024 se concrétise cette année. Le premier versement de la 13e rente AVS interviendra en décembre 2026.
Une ligne, « LPP – déduction », et un montant qui partait chaque mois. Mon réflexe français a été de la classer parmi les charges perdues. C'est l'inverse : cet argent constitue un capital nominatif que je peux consulter et qui me suivra si je change d'employeur.
Les paramètres 2026 :
C'est le point qu'on ignore le plus, et il pèse lourd. La loi fixe un minimum, rien n'empêche un employeur d'aller au-delà : deux salaires bruts identiques peuvent cacher des prévoyances très différentes. Avant de signer, demandez le taux de cotisation de l'employeur, le nom de la caisse de pension et le taux de conversion applicable.
Pour donner un ordre de grandeur, voici notre cas. Sur le bulletin de salaire de Kevin, la retenue LPP se décompose en deux lignes : 8,9 % de cotisation épargne et 2,12 % de cotisation risque, calculées sur le salaire brut, soit 11,02 % au total.
Attention à ne pas s'y tromper : ces pourcentages ne représentent que la part prélevée sur le salaire. L'employeur verse la sienne en parallèle, et sur notre bulletin elle n'apparaît nulle part. Ce qu'on lit sur sa fiche de paie ne dit donc rien du montant réellement versé chaque mois sur le compte de prévoyance.
La distinction compte plus qu'il n'y paraît. Seule la part épargne alimente le capital de vieillesse. Les 2,12 % de cotisation risque financent la couverture décès et invalidité : c'est une prime d'assurance, et elle ne se retrouvera jamais sur le certificat LPP. Beaucoup de Français le découvrent des années plus tard.
Attention : tous les plans ne calculent pas sur la même base. Beaucoup s'appuient sur le salaire coordonné, c'est-à-dire après déduction de coordination. C'est une des premières choses à vérifier dans le règlement de la caisse.
Ce que dit la loi, en revanche, c'est que l'employeur doit financer au moins la moitié des cotisations totales. Sa part est donc au minimum équivalente à la vôtre, souvent davantage. Autrement dit, ce que vous voyez sur votre fiche représente au mieux la moitié de ce qui alimente votre prévoyance.
Pour connaître le montant exact, il faut aller le chercher ailleurs : le certificat LPP annuel envoyé par la caisse de pension détaille les bonifications créditées sur l'année, et le règlement de la caisse précise la répartition entre employeur et employé.
📌 À retenir
Le 2e pilier fait partie de votre rémunération, au même titre que le salaire. Comparer deux offres d'emploi suisses sans regarder le règlement de la caisse de pension revient à comparer deux salaires en ignorant les primes.
À la retraite, vous choisissez entre une rente mensuelle à vie, un retrait en capital, ou les deux. L'arbitrage dépend de votre situation familiale et de votre fiscalité cantonale, et se prépare des années à l'avance.
Le pilier 3a est déductible de votre revenu imposable, mais l'argent reste bloqué jusqu'à la retraite, sauf cas prévus par la loi (achat de votre résidence principale, départ définitif de Suisse, lancement d'une activité indépendante).
Le pilier 3b n'offre aucune déduction fiscale dans la plupart des cantons, mais aucune limite de versement ni de blocage. Résumé brutal : le 3a optimise l'impôt, le 3b optimise la liberté.
Voilà le changement qui aurait pu nous éviter un regret. Depuis l'année fiscale 2026, il est possible de combler rétroactivement les versements manqués au pilier 3a, jusqu'à dix ans en arrière, et de les déduire fiscalement.
Deux réserves : les lacunes concernées démarrent en 2025, et il faut avoir versé le maximum de l'année en cours avant de rattraper une année passée. Si vous arrivez en Suisse sans pouvoir alimenter un 3a tout de suite, la porte n'est donc plus définitivement fermée.
📌 Ce qu'on aurait aimé savoir avant
Qu'ouvrir un 3e pilier dès les premiers mois pèse davantage que d'y verser le double cinq ans plus tard. Le temps fait le gros du travail. On a attendu d'être « bien installés » pour s'en occuper, ce qui nous a coûté des mois de capitalisation pour rien.
Notre répartition est volontairement simple : un pilier 3a chez Finpension pour la déduction fiscale et le cadre sécurisé, un portefeuille chez Interactive Brokers pour la logique 3b, avec accès aux marchés mondiaux, un large choix d'ETF et des frais serrés.
L'idée derrière ce partage : le 3a travaille pour la retraite avec un avantage fiscal immédiat, le 3b reste disponible si un projet ou un imprévu se présente avant nos 65 ans.
Si vous ouvrez un compte Finpension, le code 9NDCPI donne droit à un crédit de frais de 25 CHF, à condition de déposer ou transférer au moins 1 000 CHF dans les douze mois. Le compte Interactive Brokers s'ouvre via ce lien.
📌 Transparence
Le code Finpension et le lien Interactive Brokers sont des liens de parrainage : ils soutiennent le blog sans rien vous coûter de plus. Ce sont nos choix personnels, pas une recommandation de placement. Nous ne sommes ni conseillers en prévoyance ni conseillers financiers. Votre situation fiscale, votre canton, votre horizon et votre tolérance au risque devraient dicter la vôtre, au besoin avec un professionnel.
C'est la question que tout le monde pose. Mes huit années travaillées en France restent inscrites au régime de base (CNAV) et à la complémentaire (AGIRC-ARRCO). Elles généreront une pension française le moment venu, calculée selon les règles françaises.
La Suisse ne fusionne rien avec la France. Vous percevrez, séparément, une pension française et des prestations suisses (AVS, LPP, et le 3e pilier que vous aurez constitué). Chaque pays applique ses propres règles à sa propre part.
📌 Erreur fréquente
Croire à une « double retraite », ou penser que les cotisations françaises et suisses se cumulent dans un calcul unique. Ce sont deux systèmes indépendants qui coexistent. L'accord de libre circulation coordonne les droits sans jamais les fusionner.
En France, le système repose massivement sur la répartition. Vous cotisez, la génération actuelle de retraités est payée, et vous accumulez des droits abstraits, révisés à chaque réforme. La visibilité individuelle est faible.
En Suisse, seul le 1er pilier fonctionne ainsi. Les deux autres reposent sur la capitalisation : un capital consultable, qui porte votre nom. Ce n'est pas forcément mieux dans l'absolu, et les caisses de pension restent sensibles aux marchés. Mais pour une famille qui veut savoir où elle en est, cette lisibilité change beaucoup de choses.
Un an et demi après notre arrivée, ce sujet est passé de la corvée administrative au projet familial. Pas parce qu'il est devenu passionnant, mais parce qu'on a compris sur quoi on pouvait agir.
Ce qu'on referait autrement : demander le règlement de la caisse de pension dès les premières semaines. Ouvrir le 3e pilier plus vite. Et mieux classer les documents français avant le déménagement, parce que certains ont disparu dans les cartons, et les rechercher à distance n'a rien d'agréable.
Ce qui rassure, au fond : rien de tout cela n'est irréversible. Les lacunes AVS se corrigent, le 3a se rattrape sur dix ans, les droits français restent acquis. On a paniqué pour pas grand-chose, ce qui résume assez bien notre première année ici, racontée dans nos premiers jours en Suisse.
Quels sont les trois piliers du système de retraite suisse ?
L'AVS/AI, obligatoire pour tous. La LPP, obligatoire pour les salariés au-dessus de 22 680 CHF de salaire annuel en 2026. Le 3e pilier (3a et 3b), facultatif et privé.
À quel âge peut-on prendre sa retraite en Suisse ?
L'âge de référence est de 65 ans pour les hommes. Pour les femmes, il est relevé progressivement : 64 ans et 6 mois en 2026 (nées en 1962), 65 ans en 2028 (nées en 1964). Un départ anticipé dès 63 ans réduit la rente, un ajournement jusqu'à 70 ans l'augmente.
Combien peut-on verser sur un pilier 3a en 2026 ?
7 258 CHF pour un salarié affilié à une caisse de pension, ou 20 % du revenu jusqu'à 36 288 CHF pour un indépendant sans 2e pilier. Depuis 2026, les versements manqués peuvent être rattrapés jusqu'à dix ans en arrière.
Que deviennent mes années de cotisation en France ?
Elles restent acquises auprès de la CNAV et de l'AGIRC-ARRCO. Vous percevrez une pension française et des prestations suisses séparément, chacune calculée selon ses propres règles.
Qu'est-ce que la 13e rente AVS ?
Une rente supplémentaire versée chaque année en décembre, pour la première fois en décembre 2026. Elle correspond à un douzième des rentes de vieillesse perçues dans l'année et s'obtient sans démarche.
Chaque situation a ses particularités : temps partiel, carrière coupée, couple binational, retour en France envisagé. Si vous butez sur un cas précis, écrivez-nous via le formulaire de contact. On répond à tout le monde, et vos questions nourrissent souvent les articles suivants.
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