Pourquoi nous avons quitté la France pour vivre en Suisse en famille

L'appel du 27 septembre

On est en vacances en Corse. Fin septembre 2024, du soleil, rien à faire, le genre de semaine où on ne pense à rien.

Le 27, mon téléphone sonne. Une entreprise suisse basée à Vevey veut me rencontrer pour un poste de technicien informatique. J'avais envoyé une candidature spontanée quelques semaines plus tôt, sans y croire, en me disant qu'on verrait bien.

En quelques heures, notre avenir a changé de pays. Il nous restait trente jours.

Avant cet appel, l'idée de partir vivre ailleurs traînait dans nos têtes depuis des années. Pas par rejet de notre vie française : à Bordeaux, on avait nos repères, un emploi stable chacun, des amis, la famille à proximité. Amandine était responsable de magasin dans l'alimentaire depuis cinq ans, je travaillais comme technicien informatique dans le retail.

Ce qui s'était installé, c'était un besoin d'ailleurs. Changer de rythme, offrir à Rose une enfance plus proche de la nature. Un projet qui prenait racine sans échéance. L'appel du 27 septembre lui en a donné une.

Pourquoi la Suisse, et pourquoi ce coin-là

Le pays n'était pas un choix par défaut. Plusieurs choses pesaient, qui nous parlaient autant comme parents que comme salariés : un marché de l'emploi solide, un système éducatif qui mise tôt sur l'autonomie, le français en Suisse romande, et une nature qu'on n'a pas besoin de programmer un mois à l'avance.

Le Gibloux a été un coup de cœur. Une région entre campagne et montagne, familiale, sans être coupée du monde : Lausanne, Berne et Fribourg restent accessibles.

C'est là qu'on a cherché un logement, alors même que le poste se trouvait à Vevey. Ce détail-là aura son importance quelques mois plus tard.

Trente jours pour tout quitter

Octobre 2024 reste le mois le plus dense de notre vie. Tout devait avancer en parallèle : il n'y avait pas assez de jours pour traiter les choses l'une après l'autre.

Dire oui, puis l'annoncer

L'entretien confirmé, le contrat signé, il a fallu prévenir. Employeurs, propriétaire, et surtout les proches.

C'est l'étape qu'on avait le moins anticipée, et de loin la plus dure. Des silences, des regards qu'on n'oublie pas, quelques larmes. Beaucoup de soutien aussi. Annoncer qu'on part à mille kilomètres avec la petite, ça ne se règle pas en un coup de fil.

Trouver un logement sans jamais le visiter

Des journées entières passées à chercher à distance, et une vingtaine à une trentaine de dossiers déposés. Aucune visite, jamais. On a signé sur des photos et des échanges de mails.

Il a fallu une dizaine de jours pour décrocher l'appartement du Gibloux. Dix jours qui, sur un compte à rebours de trente, ne laissent pas beaucoup de marge pour le reste.

C'est là qu'on a découvert une règle que personne ne nous avait expliquée : les régies suisses appliquent le principe du tiers. Votre loyer ne doit pas dépasser environ un tiers de votre revenu net, et vous devez le prouver, contrat de travail à l'appui. Sans ce contrat signé, notre dossier n'aurait tout simplement pas passé le filtre. L'ordre des opérations n'est pas négociable.

Vider une vie

Résilier le bail, trier, vendre, donner, stocker. Chaque week-end y est passé. On a tout géré nous-mêmes, sans déménageurs, ce qui économise beaucoup d'argent et coûte énormément de temps.

Le tri impose des arbitrages qu'on n'avait jamais eu à faire. Ce qui monte dans le camion, ce qui part en petites annonces, ce qu'on laisse chez les parents en se disant qu'on verra plus tard.

Et parfois le camion tranche à votre place. On a vendu notre canapé quarante-huit heures avant le départ, en constatant qu'il ne rentrerait pas. À ce stade, on ne négocie plus le prix, on cherche quelqu'un qui vient le chercher.

Les démarches lancées depuis la France

En parallèle, on a enclenché ce qui pouvait l'être à distance : le dossier du permis B, les premiers contacts pour l'assurance maladie, l'ouverture d'un compte bancaire.

Et une chose qui ne figure sur aucune liste : préparer Rose. Deux ans à l'époque, sa chambre qui se vide petit à petit sous ses yeux.

📌 À retenir
En trente jours, rien ne se fait séquentiellement. Le contrat de travail conditionne le dossier de logement, le logement conditionne l'annonce en commune, l'annonce conditionne le permis. Il faut lancer les démarches en parallèle et accepter d'en avoir plusieurs en suspens en même temps.

Ce qu'on n'avait pas mis dans le calcul

On avait fait des additions. Elles étaient incomplètes, parce qu'on raisonnait avec des réflexes français.

Trois choses changent la structure d'un budget quand on passe la frontière, et aucune n'apparaît sur une fiche de paie.

L'assurance maladie sort du salaire. En France, elle est prélevée en pourcentage du revenu. En Suisse, c'est une facture par personne, indépendante de ce que vous gagnez. Un nourrisson coûte une prime, un cadre supérieur paie la même que son voisin au salaire minimum. Dans le canton de Fribourg, la prime moyenne mensuelle s'établit à 368 francs en 2026, toutes classes d'âge confondues. Pour un adulte avec la franchise minimale de 300 francs et la couverture accident, elle se situe entre 577 et 673 francs selon la caisse. Fribourg reste pourtant le canton latin le moins cher, environ 25 francs sous la moyenne suisse.

Le temps de travail est plus long. La semaine suisse à temps complet tourne autour de 42 heures, contre 35 en France. Sept heures de plus, chaque semaine, ce n'est pas un détail quand on a un enfant en bas âge.

Le loyer commande tout le reste. Au-delà de son montant, c'est la règle du tiers qui structure l'accès au logement, et donc le type de logement auquel vous pouvez prétendre.

📌 Erreur fréquente
Comparer un salaire suisse à un salaire français et conclure qu'on double son pouvoir d'achat. Le salaire médian suisse tourne autour de 6 800 francs bruts par mois, mais il faut en retrancher des primes maladie qui ne dépendent pas du revenu, un loyer nettement supérieur, et corriger l'écart d'heures travaillées. L'écart réel de pouvoir d'achat existe, il est simplement bien plus modeste que ce que les chiffres bruts laissent croire.

Le jour J

Le 1er novembre 2024, on a franchi la frontière avec deux voitures et un camion de déménagement chargés à bloc. Rose à l'arrière, entre les cartons et les doudous, et une playlist qu'on avait préparée exprès.

Ce qui s'est passé après, l'appartement vide, les vaches sous les fenêtres, le premier passage à la commune, on l'a raconté ailleurs : nos premiers jours en Suisse reprennent exactement là où cet article s'arrête.

Ce qui a changé depuis

Dix jours après notre arrivée, je démarrais à Vevey, au bord du lac Léman. Un environnement de travail très suisse : formel, bienveillant, organisé. Amandine, elle, décrochait en moins d'un mois un poste de directrice adjointe de magasin dans une grande enseigne.

Puis une évidence s'est imposée. Le poste à Vevey, aussi intéressant fût-il, était trop loin. Je passais mes journées sur la route, je voyais à peine Rose en semaine, et cette course permanente était exactement ce qu'on avait fui.

En mars 2025, j'ai changé pour un poste dans l'administration cantonale, plus près de la maison. Des horaires compatibles avec une vie de famille, et du temps retrouvé. C'est à ce moment-là qu'on s'est vraiment ancrés.

Changer d'employeur en Suisse veut aussi dire changer de caisse de pension, le capital accumulé suivant le salarié d'un poste à l'autre. C'est ce qui nous a poussés à comprendre pour de bon comment fonctionne la retraite ici.

Côté garde, on pensait trouver une place en crèche sans difficulté. Les listes d'attente atteignent parfois plus d'un an selon les communes. On a découvert le système des mamans de jour, très répandu ici : l'enfant est accueilli chez une assistante familiale agréée, l'adaptation est plus douce et les horaires souvent plus souples. Rose est aujourd'hui gardée par deux mamans de jour près de chez nous. Ce n'était pas le plan, ça fonctionne mieux que le plan.

📌 Ce qu'on aurait aimé savoir avant
Que la distance domicile-travail pèserait à ce point. On a choisi la région avant de penser au trajet quotidien, et il a fallu changer de poste cinq mois plus tard pour corriger. Si c'était à refaire, ce critère entrerait dans l'équation dès la recherche de logement.

Pourquoi on écrit ici

Ce blog est né d'un constat : pendant nos trente jours, on cherchait des réponses et on tombait sur des pages d'agences ou des forums de 2015.

Ce qui manquait, c'était le concret. Combien de temps prend vraiment une démarche, ce qui coince, ce qu'on paie sans l'avoir vu venir, et à quoi ressemble une journée ordinaire une fois les cartons vidés. On écrit ce qu'on aurait voulu lire.

Si vous vous demandez qui tient ce blog, on se présente en détail sur la page Qui sommes-nous.

Notre expérience est celle d'une famille française devenue résidente dans le canton de Fribourg. C'est notre angle, et c'est aussi sa limite : sur la fiscalité frontalière, le télétravail transfrontalier ou le droit d'option en matière d'assurance maladie, nous ne sommes pas légitimes aujourd'hui. C'est un terrain qu'on aimerait ouvrir, avec des sources solides et des témoignages, plutôt que de le survoler.

Si vous préparez une installation en Suisse, ou si vous réfléchissez à travailler côté suisse en restant côté français, dites-nous où vous butez. C'est ce qui oriente nos sujets.

Liens utiles

  • ch.ch, portail officiel des autorités suisses : ch.ch
  • Site officiel du canton de Fribourg : fr.ch
  • Comparateur officiel des primes d'assurance maladie : priminfo.admin.ch
  • Statistiques des primes dans le canton de Fribourg : fr.ch

Notre bilan, sans filtre

Trente jours, c'est court. Trop court, objectivement. On a pris des décisions à la volée qu'on aurait mieux pesées avec trois mois devant nous, à commencer par le choix d'une région sans regarder la distance jusqu'au travail.

Mais un départ préparé pendant un an aurait peut-être fini par ne pas avoir lieu. Il y a un moment où la préparation devient une façon élégante de repousser.

Ce qu'on referait pareil : partir avec un contrat signé. Tout le reste, le logement, le permis, l'assurance, le compte bancaire, en découle. Sans lui, rien ne s'enclenche.

Ce qu'on referait autrement : intégrer le trajet quotidien dans le choix du logement, et prévoir plus de temps pour le tri et pour les au revoir. Ces deux-là coûtent toujours davantage qu'on ne l'imagine, l'un en heures, l'autre en énergie.

FAQ

Combien de temps faut-il pour organiser un départ en Suisse ?
Dans notre cas, trente jours entre l'appel du 27 septembre 2024 et l'arrivée le 1er novembre. C'est faisable, mais serré : les démarches doivent être menées en parallèle et non l'une après l'autre.

Peut-on louer un logement en Suisse sans le visiter ?
Oui. Nous avons déposé entre vingt et trente dossiers à distance, sans aucune visite, et trouvé en une dizaine de jours. Le point déterminant n'est pas la visite mais le dossier : les régies exigent en général que le loyer ne dépasse pas un tiers du revenu net, preuves à l'appui, ce qui suppose un contrat de travail déjà signé.

Quelle est la différence de temps de travail entre la France et la Suisse ?
La semaine à temps complet tourne autour de 42 heures en Suisse, contre 35 en France.

Combien coûte l'assurance maladie dans le canton de Fribourg ?
La prime moyenne mensuelle s'élève à 368 francs en 2026, toutes classes d'âge confondues. Pour un adulte avec la franchise de 300 francs et la couverture accident, elle varie entre 577 et 673 francs selon la caisse. Elle ne dépend pas du revenu.

Est-il facile de trouver une place en crèche en Suisse ?
Pas toujours : les listes d'attente dépassent parfois un an selon les communes. Le système des mamans de jour, chez une assistante familiale agréée, constitue une alternative très répandue.

Et vous, où en êtes-vous dans votre projet ?

Vous hésitez encore, vous avez déjà un entretien, ou vous êtes en plein compte à rebours ? Racontez-nous où vous en êtes. Si un point vous bloque en particulier, dites-le-nous via le formulaire de contact. On répond à tout le monde, et vos questions nourrissent souvent les articles suivants.

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